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Et pourtant, à force de gestes

Retournement paysager au Jardin d'agronomie tropicale

2026

Auteur(s)

Cheryl-Mussokoro Cisse

Enseignant(s)

Pierre David, Anne-Lise Seusse

Département

AAP

On entre dans le Jardin d’agronomie tropicale comme dans un endroit calme. Végétation dense, chants d’oiseaux, ruines, silence. Tout paraît presque paisible, mais quelque chose accroche déjà. Dès l’entrée, la porte chinoise trouble le regard ; un décor déplacé qui dérange l’évidence du lieu. En avançant, le jardin ne tient plus vraiment.

Il est un assemblage de fragments, il est une scène héritée de l’histoire. Le site rejoue un décor de propagande coloniale, fait d’architectures et de paysages déplacés, d’images et de récits fabriqués. Les cartes postales produites ici fixent un imaginaire exotique et fantasmé, lointain mais domestiqué.

Elles fabriquent autant le lieu qu’elles le documentent.

Le jardin n’est pas innocent. Ici, il n’y a rien à célébrer, seulement une mise en scène qui continue d’agir. Mais cette histoire revient, à force de gestes. Thaïs la nomme et la creuse. Une visiteuse coupe court puis s’éloigne, refusant cette lecture du lieu. Dominique accumule un « Eldorado » d’archives instables. Daniel entretient, coupe, maintient et pacifie.

Chacun·e se positionne face à ce qui est là. Le jardin devient un champ de tensions entre voir et ne pas voir. Le projet cherche à perturber cet équilibre. L’espace agit comme un dispositif critique où les récits circulent, et où les fantômes de cette histoire persistent, quand on choisit de les regarder en face.

 

Version numérique en ligne

 

You enter the Jardin d’Agronomie Tropicale as if entering a place of calm. Dense vegetation, birdsong, ruins, silence. Everything seems almost peaceful, yet something already catches your attention. From the very entrance, the Chinese Gate unsettles the eye: a displaced structure that disrupts the apparent coherence of the site. As you move further in, the garden no longer quite holds together. It reveals itself as an assemblage of fragments, a stage inherited from history.

The site restages a colonial propaganda landscape, composed of displaced architectures, reconstructed landscapes, fabricated images, and carefully constructed narratives. The postcards produced here fix an exotic and fantasized imaginary, distant yet domesticated.

They manufacture the place as much as they document it.

The garden is not innocent. There is nothing to celebrate here, only a staging that continues to operate. And yet, this history returns through repeated gestures. Thaïs names it and « digs » into it. A visitor abruptly ends the conversation and walks away, refusing this reading of the site. Dominique assembles an « Eldorado » of unstable archives. Daniel tends, trims, maintains, and pacifies.

Each person positions themselves in relation to what is already there. The garden becomes a field of tension between seeing and not seeing. The project seeks to disrupt this fragile equilibrium. Space operates as a critical device through which narratives circulate, and where the ghosts of this history persist for those who choose to confront them.

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