Séminaire de recherche croisée LIAT/Master THP « Infrastructures : héritages, discours, imaginaires »
2025-2026
Enseignantes : Bérénice Gaussuin, Fanny Lopez, Marie Artuphel, Marion Emery
Jeudi 19 mars 10h30 (Callot 3e)
Conférence John Bingham-Hall
« Déambulations infrastructurelles : penser l’infrastructure depuis le corps en mouvement »
Les transformations des infrastructures de mobilité dans le Grand Paris sont présentées comme une urgence pour faire face aux dynamiques simultanées de l’effondrement climatique et de la croissance urbaine. Mais cette ingénierie de la mobilité se penche sur des épistémologies et des formes de représentation dominées par le visuel et d’un regard d’en haut. Pour mieux comprendre les implications culturelles et corporelles de ces transformations, l’on peut s’inspirer des métiers de la scène – chorégraphie, design sonore, narration, dramaturgie. Ci gît la proposition du sociologue Richard Sennett quand il a créé Theatrum Mundi comme plateforme pour rassembler les arts vivants et l’urbanisme pour penser et expérimenter ensemble la mise en scène de la vie publique en ville.
Ce séminaire présente Staging Ground, le dernier projet de Theatrum Mundi, sous forme de résidence de recherche-création, de livre, et d’exposition numérique, qui a invité urbanistes et artistes à prendre le territoire du nord parisien et de Plaine Commune en tant que terrain d’action pour imaginer de nouvelles manières de penser, d’habiter, et de produire les infrastructures de mobilité. Surtout, il se focalisera sur leurs propositions d’ambulation infrastructurelle et sur les partitions et les pratiques qui permettent d’élargir la marche comme épistémologie mobile. Par quelles méthodologies de marche penser l’infrastructure depuis le corps en mouvement ?
John Bingham-Hall est chercheur, écrivain et commissaire. S’appuyant sur une formation en musique et en études urbaines, ainsi que sur une décennie de travail reliant arts et urbanisme avec Theatrum Mundi, il étudie et enseigne les dynamiques complexes qui façonnent la vie publique urbaine par une série de fils transversaux comme l’écologie, l’infrastructure, le son, le mouvement, et la voix. Il est actuellement chercheur CNRS au projet ALEAU, qui analyse l’impact de la restauration écologique de petites rivières urbaines sur les paysages sonores de l’eau, ainsi que directeur d’enquêtes critiques à la Paris School of Architecture, et chargé d’atelier d’expérimentation au master ArTeC (Paris 8 / Paris Nanterre). Récemment, il a dirigé le volume Staging Ground (dpr barcelona, 2025) ainsi que la série Sonic Urbanism (Theatrum Mundi, 2019–2022), contribué à plusieurs reprises à The Architectural Review, et publié des articles sur l’écologie queer (i2 journal, The Avery Review) et l’enquête architecturale transdisciplinaire (Bloomsbury). https://johnbh.co/
Jeudi 23 avril de 9h à 17h (Callot 3e)
Séminaire PFE mention recherche et doctorant·es du LIAT
Toute la journée les doctorant.es du laboratoire LIAT présenterons leurs travaux, ainsi que les étudiants Mention Recherche du Master Théorie Histoire Projet
Doctorant.es / Post doctorant.es
Valentine Ballouhey, doctorante LIAT : Les architectures de la compensation carbone : échelles et dispositifs spatiaux de capture et stockage
Juliette Halais, doctorante LIAT : Cuisine électrique : objets, compréhensions et appropriations (1881 – 1983), Une étude du façonnement du rapport à la technique dans l’espace domestique
Matthias Brissonnaud, doctorante LIAT : Du paysage au milieu techno-géographique : la région naturelle du Forez
Pierre-Thomas Demars, doctorante LIAT : Technodiversité territoriale et résilience : l’architecture des réseaux électriques au prisme de la low-tech
Mohammed Hadjiat, postdoctorant LIAT : « Du dessin à la restauration du patrimoine méditerranéen. Les carnets de l’architecte Edmond Duthoit (1837-1889) »
Mathilde Brunet, doctorante LIAT : « Une histoire croisée des infrastructures de l’eau et de la patrimonialisation au sein de la forêt de Fontainebleau »
Etudiant.es candidat.es à la mention recherche :
Loreen Falaise “Ligne droite et peuple libre. L’infrastructure transsaharienne comme outil de domination au Sahara algérien”
Julie Ferraro : “La spatialisation des mouvements de résistances ouvriers féminins dans les occupations d’usine”
Talia Hauswirth : “De l’oubli vers la construction mémorielle l’architecture des centres de détention clandestins comme support de la lutte du peuple chilien contre l’effacement”
Kêmi Houndégla : “Spatialisation des nuisances de l’autoroute à Saint-Denis : mobilisations habitantes face aux pouvoirs publics”
Marion Gaudé : “(Dis)continuités des infrastructures communautaires au Japon. Entrecroisements contemporains du Ninja sacré et du centre de données numériques”
Jules Pallier : “Repenser l’imaginaire extraterrestre. Au delà des tendances coloniales et anthropocentrées”
Aya Sellami : “Habiter les îles Kerkennah. Atlas vertical d’une frontière en mer : entre traces néo-coloniales et mouvements migratoires”
Jeudi 2 avril 14h (Callot 3e)
Conférence Marion Emery
« La traversée de Paris par l’autoroute n’aura pas lieu : Le cas de la voie express rive gauche, 1956-1976. »
Les résistances formulées à l’encontre des infrastructures routières cohabitent en France à partir des années 1950 avec les premiers projets d’autoroute. Si le rapport que l’infrastructure entretient avec le paysage qu’elle traverse est complexe, celui de l’autoroute urbaine avec la ville ancienne s’annonce encore plus problématique en raison de son implantation dans un tissu urbain souvent dense, ancien et habité. L’autoroute urbaine des années 1960 est ainsi auréolée d’un imaginaire fort de modernité et de progrès, autour duquel un double point de vue se constitue dès sa conception : D’une part l’autoroute urbaine présente une réponse efficace et moderne au problème urbain de la période des Trente Glorieuses, celui de la congestion et la saturation des grandes villes ; et d’autre part, à la promesse de la toute-puissance technique et infrastructurelle du projet routier s’oppose la défense d’un cadre de vie. Les discours critiques qui contestent le bien fondé du projet, exprimés aussi bien par les mobilisations citoyennes que par des architectes et des urbanistes, s’opposent à la concrétisation de l’autoroute urbaine et nuancent la portée hégémonique de l’imaginaire prédominant de la modernité qui lui est attachée. Il s’agit alors d’analyser les processus politiques et sociaux qui ont provoqué l’annulation de nombreux projets d’autoroutes urbaines projetés dans les années 1960, en étudiant plus spécifiquement le cas de Paris, et l’impact des revendications patrimoniales et environnementales sur l’abandon d’un projet infrastructurel particulier, celui de la voie express rive gauche.
Marion Emery est architecte HMONP. Après avoir travaillé quelques années en tant qu’architecte et urbaniste dans des agences parisiennes, elle se consacre aujourd’hui à la recherche et à l’enseignement en parallèle de sa pratique. Elle mène sa thèse en architecture au sein du LIAT, (ENS PSL) sous la direction de Dominique Rouillard. Intitulée « Traverser Paris par l’autoroute : mobilisations, contestations, alternatives (1956-1976) », sa recherche s’attache à analyser les projets autoroutiers pour Paris pensés à la fin des années 1950, par le biais des contestations et des résistances dont ils ont fait l’objet. Maîtresse de conférence associée à l’ENSA Paris-Malaquais, elle enseigne le projet, ainsi que l’histoire et la théorie de l’architecture au sein d’un séminaire de recherche.
Jeudi 9 avril 14h (Callot 3e)
Conférence Jérôme Denis
« Patrimoines infrastructurels : un âge de la maintenance ? »
Pendant des décennies, les infrastructures des pays riches ont été en crise, souffrant d’une négligence chronique que seuls quelques accidents spectaculaires semblaient — temporairement — révéler. Depuis quelques années, dans un contexte de polycrise (climatique, économique et politique) et d’exacerbation de la dégradation matérielle des ouvrages, les enjeux de maintenance remontent au premier plan, jusqu’à dessiner les contours d’un « tournant patrimonial » (Denis & Florentin, 2022). À partir de plusieurs enquêtes dans des secteurs différents, quelques aspects concrets de ce tournant seront mis en lumière : la mise en œuvre d’une nouvelle proximité physique avec les infrastructures, la production de connaissances propres à la maintenance, la renégociation des formes de cohabitation entre certaines infrastructures et leur milieu, et enfin, les frictions autour des formes de valuation de ce travail encore considéré comme seulement « reproductif ».
Jérôme Denis est professeur de sociologie, directeur du Centre de sociologie de l’innovation à l’École des Mines de Paris. Ses travaux de recherche portent sur deux principaux sujets : le travail de récolte, de préparation et de mise en forme des données dans des domaines d’activité variés, et les activités de maintenance au sens large, en particulier dans le secteur des infrastructures urbaines. Il est notamment l’auteur de l’ouvrage Le travail invisible des données (Presses des Mines, 2018). Il a récemment publié avec David Pontille Le soin des choses. Politiques de la maintenance (La Découverte, 2022, prix du livre de l’Académie d’architecture), et coordonné avec Fernando Domínguez Rubio et David Pontille Fragilites. Essays on the Politics, Ethics, and Aesthetics of Maintenance and Repair (MIT Press, 2025). Il a notamment récemment publié, avec Daniel Florentin “Reproblematising maintenance, reconsidering infrastructures: The emergence of a more-than-corrective maintenance programme” in French water networks management. Environment and Planning C: Politics and Space, online first, 2025.
Jeudi 21 mai 9h-18h (Callot 3e)
Journées d’étude internationales
« Spectre de l’architecture. Les voix négatives du projet »
Ces journées d’étude ont pour ambition d’interroger l’architecture et les infrastructures à travers la figure du spectre, en portant notre attention tant sur les absences que sur les présences. Il s’agit pour nous d’interroger les traces et blessures visibles afin de les comprendre, car nous partons du postulat qu’il existe des, il existe des infrastructures et des architectures négatives, invisibles et spectrales : un édifice disparu sans laisser de traces, mais dont persiste l’image fantôme ; une infrastructure qui contient les spectres d’autres constructions et vies disparus ; une architecture dont l’édification n’a jamais eu lieu, sinon dans l’imaginaire des architectes et de leur discipline.
De ce postulat découlent plusieurs questions : comment faire pour désigner ces architectures et infrastructures négatives quand elles ne sont pas visibles ou exprimées de manière aussi manifeste qu’un ouvrage détruit ? Comment soigner, réparer là où les symptômes n’ont pas été diagnostiqués ? Comment faire quand l’attention que nous portons à la vulnérabilité des édifices et à leurs habitants ne nous fournit pas de signes clairs, mais s’exprime avec des contenus ambigus, parfois contradictoires ?
Journées d’étude organisée par Can Onaner (Pr. ENSA Val-de-Seine, EVCAU), Bérénice Gaussuin et Gilles Delalex (ENSA PM·PSL, LIAT).
Demi-journées d’étude LIAT
« Territoires et technodiversité : un art de bâtir des milieux techniques »
Jeudi 26 mars 14h à 18h (Callot 3)
#1 épistémologie des techniques
Jeudi 16 avril de 14h à 18h (Callot 3)
#2 Régionaliser l’infrastructure ?
Dans un article de 2020, Jean-Paul D. Addie, Michael R. Glass & Jen Nelles ppelaient la communauté des chercheur.es (ajoutons celle des architectes et des urbanistes) à s’intéresser aux relations entre les infrastructures et les régions et à leur capacité à influencer des stratégies de bifurcation écologique territoriale. Selon cette approche, la régionalisation ou la territorialisation de l’infrastructure permet de mieux comprendre comment ces objets techniques façonnent et sont façonnés par les territoires, et comment ils produisent des imaginaires spatiaux et des subjectivités politiques spécifiques. Nous prolongeons cet appel, tout en nous tournant vers l’histoire. Le champ de l’architecture et de l’urbanisme n’est-il pas porteur d’une diversité́ d’agencements de « milieux techniques » écologiques, d’ »infrastructures vernaculaires », de « folklore énergétique » empruntant tout à tout à l’anthropologie des techniques, à la géographie environnementale pour architecturer des entités natureculture reconciliant technique et milieux ? Au croisement de l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme, de l’épistémologie des techniques et de l’histoire de l’environnent ces demi-journées proposerons de réfléchir aux tentatives d’architecturer une “technodiversité.”
[1] Jean-Paul D. Addie, Michael R. Glass & Jen Nelles (2020) Regionalizing the infrastructure turn: a research agenda, Regional Studies, Regional Science, 7:1, 10-26,
Avec Pauline Picot, Pierre-Thomas Demars, Éric Alonzo, Matthias Brissonnaud
Jeudi 26 mars de 14h à 18h (Callot 3)
#1 épistémologie des techniques
Pauline Picot
« Technodiversité », une diversité de milieux technologiques au sein des grandes infrastructures
Le concept de « technodiversité » suscite depuis une dizaine d’années un intérêt particulier dans le domaine de la philosophie de la technologie. Cet intérêt découle en partie de l’analogie suggérée par le néologisme lui-même : « technodiversité » fait écho à « biodiversité », concept désormais majeur tant sur la scène scientifique que politique pour désigner le monde vivant. Le concept de « technodiversité » est-il pertinent pour la technologie comme celui de biodiversité l’est pour la biologie ? Cette question sera traitée à travers trois études de cas : la construction de l’infrastructure ferroviaire, l’infrastructure de connaissances en climatologie et l’infrastructure logicielle. En conclusion, on discutera de la possibilité de généraliser la description de la technodiversité à la fois comme condition constitutive factuelle et comme valeur pour les larges infrastructures.
Pauline Picot qui a effectué sa thèse à l’Université de Technologie de Troyes sous la direction de Victor Petit et Bertrand Guillaume après un parcours universitaire interdisciplinaire – ingénierie mécanique et philosophie. Ses travaux doctoraux portent sur le concept de « technodiversité », compris comme une analogie de la biodiversité. Cet angle d’étude amène à questionner la technodiversité comme fait et valeur technologique, ainsi que, plus largement à discuter la pertinence du concept pour l’étude de la technique à l’ère de l’Anthropocène. Cette thèse a été soutenue en décembre 2024 et Pauline Picot est maintenant post-doctorante sur le projet « SOCLOUD », portant sur la sobriété et la convivialité des data centers, à l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard.
Pierre-Thomas Demars
« Technodiversité de l’architecture des réseaux électriques »
Les réseaux électriques constitue une matrice infrastructurelle complexe, notamment édifiée par EDF depuis la Seconde Guerre mondiale. Paradoxalement décrite comme un ensemble monolithique ou comme un système de systèmes variés et intriqués, comment les ingénieurs-concepteurs de son architecture ont-ils géré cette question de la diversité lors de son élaboration ? Quelles relations ont-ils tissé entre la forme et l’aménagement de l’infrastructure, les moyens de la concevoir et le service qu’elle est censée fournir ? Comment ces liens peuvent-ils être requestionnés à la lumière d’une réévaluation critique de l’urbanisme et de l’ingénierie ?
Pierre-Thomas Demars est doctorant en Architecture au sein du Laboratoire Infrastructure Architecture Territoire (LIAT). Ingénieur en génie électrique de Grenoble INP – Ense³ ainsi que diplômé du master Transitions écologiques de Sciences Po Grenoble, il s’intéresse aux relations entre techniques, espaces et société à la lumière des enjeux socio-environnementaux. Ses travaux de thèse sur l’architecture des réseaux électriques au prisme de la low-tech, en association avec le projet de recherche InfraFuturs, visent à questionner les pratiques héritées du génie électrique tout en expérimentant des modalités de conception alternatives et situées.
Jeudi 16 avril de 14h à 18h (Callot 3)
Demi-journée d’étude #2 Régionaliser l’infrastructure ?

Raymond Savennat, « Basse Normandie », Techniques & architecture, n° 11-12 : « Techniques locales », novembre-décembre 1943.
« Quand la géographie vidalienne inspirait les architectes »
Durant la première moitié du XXe siècle, la « géographie humaine » conçue par Paul Vidal de la Blache et ses continuateurs directs (Jean Brunhes, Albert Demangeon, Max Sorre, etc.) comme une branche de la biogéographie, se définit comme l’étude des interactions entre les activités humaines et le milieu géographique. Ils s’intéressant en particulier à la forme et matérialité des transformations concrètes (artefacts) : habitat, routes, systèmes d’irrigation, structures agricoles, etc. Un des principaux moments de transfert de ces savoirs vers l’architecture s’opère entre la fin des années 1930 et la fin des années 1940, autour de l’étude du paysage agricole français et s’incarne par des figures comme Urbain Cassan (1890-1979) et Guy Pison (1905-1986).
Éric Alonzo est architecte, docteur en architecture, chercheur à l’Observatoire de la condition suburbaine (OCS) et professeur à l’École d’architecture de la ville & des territoires Paris-Est, Université Gustave Eiffel, où il codirige le DSA d’architecte-urbaniste. Il est l’auteur de Du rond-point au giratoire (2005) puis, en 2018 de L’Architecture de la voie. Histoire et théories (issu d’une thèse distinguée en 2017 par le First European Prize Manuel de Solà Morales). Il a par ailleurs été, de 2020 à 2025, membre associé de la Mission régionale d’autorité environnementale d’Île-de-France.
Milieu techno-géographique, naissance d’un concept dans la région naturelle du Forez
La région naturelle du Forez, actuel département de la Loire, est principalement connue pour la présence de charbon dans son sous-sol et pour l’intense activité industrielle qui s’y est développée entre le XVIIIe et le XXe siècle. Mais face aux bouleversements que rencontre alors ce territoire du fait de son industrialisation, un certain nombre de recherches sont menées, dans différents domaines – aussi bien en architecture, en urbanisme et en ingénierie qu’en photographie, en philosophie et en géographique – afin de contrebalancer les effets néfastes provoqués par une pensée technique au service de l’extractivisme et du productivisme. Ces recherches, dont les racines plongent jusqu’au XVIe siècle, montrent l’existence d’une tentative locale visant à infléchir la direction donnée à cette technique industrielle occidentale faisant fi des limites et des milieux. Elles culminent en 1958 avec l’invention d’un concept par un philosophe ayant grandi dans la région, Gilbert Simondon, qui propose le concept de milieu techno-géographique pour repenser la nature de la relation entre l’invention technique et les milieux techniques et géographiques dans lesquels celle-ci s’inscrit.
La forme littéraire du manifeste situé, bien connue des architectes, des paysagistes et des urbanistes, mais qui s’est principalement intéressée aux formes urbaines et architecturales, trouve avec ce concept de milieu techno-géographique et cette région naturelle du Forez un terrain idéal pour se renouveler.
Matthias Brissonnaud
Après avoir obtenu un master à l’école nationale supérieure d’architecture de Saint-Étienne (ENSASE), Matthias Brissonnaud est actuellement doctorant de l’École normale supérieure, rattaché à l’ED 540, à l’EUR Translitteræ au Laboratoire Infrastructure Architecture Territoire (LIAT) de l’école nationale supérieure d’architecture de Paris Malaquais. Sa thèse, dirigée par Fanny Lopez, vise à éclairer les rapports entre architecture, technique et territoire, notamment à partir d’un cas d’études : le département de la Loire.
Jeudi 28 mai 14h (Callot 3)
Conférence Marie Artuphel
Les vertus émancipatrices de l’interstice. Le dessin comme outil d’enquête et de mise en récit des usages, imaginaires et appropriations
Dans les années 1960-70, la crise du fonctionnalisme fait émerger certains projets de logements sociaux expérimentaux dans le cadre de politiques publiques. En Italie notamment, cette dynamique donne naissance à des ensembles de grande échelle hérités de la pensée mégastructurale, où l’attention portée aux espaces intermédiaires constitue une tentative de dépassement du modèle de l’ensemble fonctionnaliste. Si ces expérimentations sont généralement perçues comme des échecs, l’analyse des usages révèle un fort investissement des « entre-deux » par les habitant·es. Ces pratiques témoignent d’une inventivité quotidienne, de compétences situées et de formes de bricolage ordinaire dont les traces matérielles et immatérielles peuvent aussi être envisagées pour penser la valeur patrimoniale et le devenir de ces opérations, et plus largement du logement de masse aujourd’hui. Entre travail d’inventaire, d’entretiens dessinés et de « cartographie narrative », le dessin sera envisagé non seulement comme une manière de restituer ces traces matérielles de soin, de maintenance et d’appropriation, mais aussi pour sa capacité à révéler l’invisible, en incarnant le bâti par les récits et les imaginaires. Il sera ainsi présenté comme un outil d’enquête et de recherche alternatif sur l’héritage et les enjeux patrimoniaux du logement de masse aujourd’hui.
Marie Artuphel est docteure en architecture, maîtresse de conférence associée à l’ENSAPM et chercheuse au LIAT. Elle est aussi dessinatrice et illustratrice. Ses recherches portent sur l’histoire du logement social, de ses équipements et de ses politiques de planification, ainsi que sur leur mise en récit politique. Un autre pan de son travail concerne les usages et les appropriations du logement de masse.








